Truelles & Pixels

Truelles & Pixels est né d’un programme de valorisation numérique de l'archéologie développé par la Maison de l'Orient et de la Méditerranée (USR 3439 puis FR 3747, Lyon) et le laboratoire Archéologie des sociétés méditerranéennes (UMR 5140, Montpellier). Adaptées à tous les publics, les formes « webdocumentaire » et jeu vidéo sont ses supports privilégiés.

Le public de l’archéologie est fait de cercles concentriques :

  • les amateur-e-s curieux-ses, voire de passage dans un musée, dont l’éventuelle appétence pour la connaissance est implicite et ponctuel ;

  • les amateur-e-s passionné-e-s, dont la demande explicite d’en savoir/comprendre plus peut aller jusqu’à vouloir faire l’expérience du terrain ou d’ateliers ;

  • les scientifiques amateur-e-s, qui contribueraient volontiers à un projet de recherche ;

  • au-delà, les étudiant-es et tou-te-s celles et ceux qui envisagent d’en faire leur métier ;

  • un peu à part, les scolaires – entre intérêt pour l’Histoire et intérêt pour les histoires – voient dans l’archéologie la preuve matérielle à même de conforter le discours magistral.

 

Une étude Ipsos-Inrap de 2010 permet d’évaluer ce public total des amateurs français (entre 15 et 75 ans) à ± 9 M de personnes (dont ± 10 % très motivés et « experts ») ! Notre postulat est que ces cercles ne sont pas étanches ; Truelles & Pixels a donc développé des dispositifs inspirés du jeu vidéo qui permettent d’aborder deux enjeux principaux :

  • transfert de la science : l’expérience « vécue » via un « simulateur d’archéologie » 3D et l’accumulation de savoirs/compétences compilés dans un « profil virtuel de l’archéologue amateur » fondent des dispositifs de transfert, d’appropriation et de mutualisation des savoir-faire et des résultats de la recherche scientifique, d’un cercle à l’autre ;

  • cristallisation d’une communauté : la communauté des amateur-e-s et/ou passionné-e-s d’archéologie existe de facto, mais seuls les succès de quelques blockbusters la rendaient jusqu’alors tangible ; notre ambition a été de la cristalliser autour de dispositifs réunis par ces deux caractéristiques d’expérience (simulation) et d’accumulation de savoirs (profil).

 

Tout naturellement, nos dispositifs permettent d’envisager la co-construction d’usages « science-société » nouveaux – par ex., des recherches contributives. Cette perspective prend une importance particulière dans le double contexte actuel de la discipline :

  • la numérisation massive de la société, outre la diffusion à grande échelle de véritables « calculateurs » nomades (tablettes, smartphones), propose à flux continus le transfert au grand public d’outils technologiques sophistiqués : drones, capteurs, images sattelitaires…

  • en parallèle, la professionnalisation des équipes associée au fort développement de l’archéologie préventive a contribué à assécher les activités des associations de passionnés-bénévoles, dont les chantiers d’intérêt local ne sont de facto plus autorisés.

 

Une fraction d’entre eux, repoussés dans une frange semi-clandestine de la science, pourrait ainsi trouver sur le marché, dans les années qui viennent, les moyens technologiques de tester une « uberisation » à grande échelle de la prospection archéologique… qui pourrait aussi bien – suivant l’exemple d’autres secteurs culturels – déboucher sur une multiplication de micro-chantiers « pirates ».

Truelles & Pixels se voit ainsi confronté à un nouveau défi, social et patrimonial : à défaut de professionnaliser ces « amateurs » qui souhaitent le rester, proposer une voie pour les intégrer dans une nouvelle articulation/répartition des rôles entre scientifiques et non scientifiques. Nos dispositifs pourraient jouer un rôle de qualification, dans les deux sens du terme, de ces amateurs, pour des actions menées à leur initiative mais selon les critères de la science et sous le contrôle des scientifiques : une archéologie participative veritablement co-construite, bien au-delà du crowdsourcing qui n’en serait que la première étape, selon une méthodologie solide mettant en œuvre des compétences « amateures » formées et réévaluées en continu.

Cette perspective est aujourd’hui loin de faire l’unanimité dans la discipline. En approfondir les tenants et aboutissants, les risques et les perspectives, pour la recherche comme pour les relations science-société et la protection à long terme du patrimoine, fonde la participation de Truelles & Pixels au projet ParticipARC.

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